Noël : folklore ou réalité ? (L’1visible, n° 109, décembre 2019, p. 16, 17)

La foi en questions
Le monde entier fête Noël, à grand renfort de sapins, cadeaux, repas festifs…
Pour beaucoup, c’est un joli folklore. Mais pour les chrétiens, cette fête est
bien plus : c’est le jour où ils célèbrent la venue de Dieu sur terre
dans un nouveau-né, en Israël, il y a plus de 2 000 ans.
D’ACCORD PAS D’ACCORD : LE DÉBAT ENTRE LILI SANS-GÊNE ET JULIEN DURODIÉ
Cette journaliste s’est toujours intéressée aux questions
religieuses. Elle a lu la Bible. Elle pose sans complexe les
questions que beaucoup n’osent pas poser.
Julien Durodié est prêtre du diocèse de Paris, vicaire sur la paroisse Notre-Dame de l’Assomption dans le 16e arrondissement.
1
– Lili Sans-Gêne : Je peux comprendre qu’on puisse
croire en un Dieu quelque part dans le ciel, mais
qu’il soit venu sur la terre, je n’en vois pas le
sens… Pourquoi serait-il venu de si loin ? Ça ne
tient pas la route.
– Julien Durodié : Dans le ciel, s’il y reste, Dieu
est bien lointain et inaccessible, une sorte de
mystérieux grand architecte… Que serions-nous
capables d’en dire ? Pourrions-nous penser qu’il
s’intéresse aux hommes ? Dieu, venu de « si loin
et de si haut », vient nous dire qu’il nous aime.
N’est-ce pas une incroyable belle découverte sur
ce Dieu dont nous savions déjà qu’il était créateur
?
2
– Et comment un Dieu peut-il être en même temps
homme ? C’est un peu tiré par les cheveux, votre
affaire… Même lui n’a pas l’air d’y croire dans
les évangiles !
– Si Dieu est Dieu, alors il ne peut être que toutpuissant.
Se faire homme, alors qu’il est Dieu,
nous semble peut-être étonnant, mais rien n’est
impossible pour lui. Il veut se faire tout petit pour
montrer jusqu’où va son amour. Prêt à tout pour
cela ! C’est une nouveauté extraordinaire du christianisme
: Dieu se fait petit enfant et vient vivre
parmi les pauvres. C’est un abaissement, certes,
pour un Dieu tout-puissant, mais c’est une magnifique
preuve de proximité et une source d’espérance
pour tous.
3
– Et puis, tout ce folklore autour de la naissance de
l’Enfant-Jésus, ça rend encore plus ridicule cette
histoire, honnêtement. Pourquoi avoir imaginé un
âne et un boeuf dans la crèche, et des anges qui
chantent autour ? C’est un peu caricatural comme
décor, tout de même !
– Mettez un enfant au milieu des animaux, présentez-
leur un nouveau-né, et vous verrez combien
Dieu est pédagogue en choisissant la simplicité
de la grotte de Bethléem pour se manifester au
monde : un Enfant nouveau-né, entouré de son
père adoptif et de sa mère, visité par les bergers
des alentours. C’est ainsi relaté dans l’Évangile.
C’est simple, c’est beau, c’est vrai. Réchauffé probablement
par un âne, un boeuf, des brebis… : ça,
c’est une tradition qui nous rend la scène plus
familière encore. Pourquoi pas ?
4
– Pourquoi ne pas être venu plutôt sous l’aspect
d’un roi ou d’un puissant, qui aurait impressionné
les foules : un bébé, ça ne convainc personne.
C’est n’importe quoi, ce nouveau-né que
les rois mages viendraient adorer du bout du
monde. Pas du tout crédible !
– C’est effectivement étonnant que Dieu ne soit pas
né dans le palais d’un prince. En naissant dans
une grotte servant d’abri pour les bergers et les
animaux, Dieu n’hésite pas à nous livrer un message
qu’il ne cessera pas de répéter tout au long
de la prédication de Jésus : il faut un coeur d’enfant
pour entrer dans le mystère de Dieu. Invitation à
la pureté, à l’innocence, et non pas à l’immaturité
bien sûr ! Il y a chez les mages, qui viennent adorer
cet Enfant, quelque chose de cette innocence.
Cela prouve bien que les adultes à l’esprit d’enfance
peuvent aussi accueillir le mystère de Dieu.
Merci, les mages ! Vous nous rassurez !
« Un âne, un boeuf,
des anges qui
chantent autour…
C’est ridicule
et caricatural ! »5

– Et tout ce temps perdu avant de se faire homme :
sa longue enfance dont on ne sait rien, ses trente
premières années à rester dans son village
perdu : ce n’est pas un rapide, votre Dieu !
– Le Pape Paul VI disait : « Nazareth, c’est le silence. »
Jésus est resté silencieux pendant environ trente
ans avant de se manifester publiquement. Quelle
leçon ! C’est dans le silence que Dieu parle, c’est
dans le silence que nous nous découvrons nousmêmes.
Alors que nous nous acharnons à faire, à
produire, à nous activer pour briller, Dieu nous dit
à travers la vie de Jésus à Nazareth que « l’amour,
ce n’est pas de faire des choses extraordinaires,
mais de faire des choses ordinaires avec un amour
extraordinaire ». C’est ainsi que s’exprimait sainte
Thérèse de Lisieux : c’est le chemin de l’enfance
spirituelle. Accessible à tous !
« Dieu n’est pas né dans le palais d’un prince.
En naissant dans une étable, il nous livre
un message : il faut un coeur d’enfant pour
entrer dans son mystère. »
6
– Et Dieu, ensuite, aurait erré comme un manant
sur les routes de Palestine à essayer de vendre
son projet divin, de convaincre les gens de croire
en lui, un par un ? C’est un plan de looser, ça !
– Si dans nos sociétés abîmées par la maladie, la
solitude, le burnout, on trouvait quelqu’un à faire
des miracles, à redonner espérance, on accourrait
vers lui ! N’est-il pas vrai que nous attendons toujours
parmi nos politiques l’homme et la femme
providentiels ? Jésus en son temps a attiré des
foules considérables sur cette petite terre de Palestine
et accompli des guérisons, des conversions
par milliers. Sa seule arme, c’est vrai, comme il
avait voulu se dépouiller de toute autre chose,
c’était l’amour jusqu’au don total de sa vie. Et
aujourd’hui, ressuscité, à jamais vivant, il continue
d’exercer une fascination dans le coeur de millions
d’hommes, à guérir, à redonner courage, à donner
le sens de la vie. Jésus, un looser ?
7
– Et pourquoi aurait-il choisi la Palestine comme
« zone d’atterrissage » ? Pourquoi n’a-t-il pas
fait le tour du monde si ce qu’il avait à dire était
si important ?
– Même histoire ! Un petit peuple, pourtant élu
depuis un lointain ancêtre, Abraham. Une petite
bourgade, Bethléem. On lisait d’elle dans les prophéties
« Et toi, Bethléem, tu n’es certes pas le
moindre des cantons de Juda, car de toi naîtra un
sauveur » (Michée 5, 1 ; cité par Matthieu 2, 6).
Mais quel incroyable succès ! Dans ce petit pays,
au bord d’une petite rivière, il a choisi douze
apôtres et quelques femmes, les a formés, en a
fait ses amis. Il leur a communiqué son Esprit,
puis les a envoyés dans le monde. Voilà un chef
qui sait déléguer et donner de la place à ses collaborateurs.
Quatre cents ans plus tard, l’Empire
romain se convertissait au christianisme. Ah ! le
feu de l’Esprit !
8
Bon, vous pouvez dire tout ce que vous voulez,
mais pour finir, son plan a totalement échoué :
après trente-trois ans à trimer en Palestine, à
parler à des juifs ou à des païens qui ne voulaient
pas l’écouter, il meurt comme un voyou sur une
croix ! Ce n’est vraiment pas la religion des
gagnants, le christianisme !
Oui, on peut rester avec l’image du Christ en
croix, ce n’est pas spécialement joyeux ! Comme
si l’amour était définitivement vaincu par la
haine. Évidemment, la vie de Jésus ne s’arrête
pas sur la croix. Si elle s’était arrêtée là, l’histoire
du christianisme et de sa vivacité au long des
siècles n’aurait même pas commencé. Mais voilà,
Jésus a vaincu la mort. Le troisième jour, il est
sorti de son tombeau, il est ressuscité. Tout commence
là. Nous croyons désormais Jésus vivant,
caché mais agissant au long de l’histoire et dans
l’intimité des coeurs, nous inondant de son
amour, jusqu’au jour où il reviendra pour juger
les vivants et les morts.
POUR ALLER PLUS LOIN
Noëls des provinces de France
Nadine Cretin, Le Pérégrinateur, 2013, 140 p., 14,90 €

DÉCEMBRE 2019 / N° 109 la foi en questions