HALLOWEEN, POUR UN AVENIR HEUREUX

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, les origines d’Halloween ont peu à voir avec les chats noirs et les toiles d’araignées. Devenue totalement profane, Halloween, qui tient de la fête celtique de Samain, a beaucoup évolué avec le temps et avec son américanisation aux XIXe et surtout au XXe siècle. Samain, début novembre, représentait pour les Celtes l’avènement de l’obscurité, de la saison froide et de leur nouvelle année. Redoutée pour la présence des revenants liés inévitablement à la nuit, la noirceur grandissante a fait naître des phénomènes de conjuration tant contre la disparition de la lumière et de la vie, que contre le retour de la stérilité et de la mort. Samain et les quelques jours qui l’entouraient étaient un point fixe dans l’espace et dans le temps, selon le calendrier celtique luni-solaire axé sur l’alternance du sombre et du clair. Lors de cette « parenthèse d’éternité », n’appartenant ni à l’ancienne année, ni à la nouvelle, comme le précise Françoise Le Roux[1], le surnaturel se mêlait au monde des vivants, et on assistait à un échange entre le Sid (l’Autre Monde dans sa totalité) et les humains. Le temps des Celtes préchrétiens n’était pas celui du christianisme, mais le symbolisme de Samain rejoint celui du dieu latin Janus, évoquant à la fois la fermeture de l’année écoulée et l’ouverture de l’année à venir. La fête n’était pas pour les Celtes rupture du quotidien, c’est-à-dire un moment opposé à la vie ordinaire comme nous l’entendons. Pour eux, le fait social était inclus dans le fait religieux, ce qui donne de la profondeur aux origines d’Halloween.

Le rapprochement de cette période close avec les Douze Jours, comme on appelait la période qui va de Noël à l’Epiphanie, se fait tout naturellement, particulièrement avec la veillée de Noël le soir du 24 décembre qui se vivait encore à la maison au début du XXe siècle dans un grand recueillement. Les éléments préchrétiens liés au solstice d’hiver ont perduré, selon des croyances comparables et les mêmes enjeux et gestes de protection se retrouvaient ce soir-là : le retour attendu des esprits des ancêtres qui se mêlaient aux vivants, la naissance du feu nouveau et la bûche dans la cheminée, les chandelles, le grand repas prometteur d’abondance, les coutumes divinatoires essentielles au moment de l’arrivée d’une nouvelle année, ainsi que les tournées joyeuses des enfants ou des jeunes gens chantant leurs vœux. Tous ces rites concrétisaient l’espoir en un avenir heureux, fertile et prospère pour l’année qui venait.


[1] Françoise Le Roux, Christian-J. Guyonvarc’h, Les fêtes celtiques, Yoran Armeline, réed. 2015, p. 22, note 14. Françoise Le Roux (♱ 2004) était spécialiste de la religion celtique.