Du gaspillage porte-bonheur (L’Echo Républicain, 24 décembre 2017)

Les traditions perdurent malgré le « gaspillage porte-bonheur » (La Montagne, même date)

Par Pauline Mareix

Le sens de la fête s’est tourné vers la consommation, mais les traditions perdurent : « À Noël, on ouvre son coeur et son porte-monnaie »

L’historienne Nadine Cretin revient sur les origines de Noël qui, contrairement à la croyance, puise ses racines dans des célébrations païennes bien antérieures à la naissance du Christ. La fête a fini par perdre son caractère religieux mais reste résolument familiale.

Difficile d’échapper, chaque fin d’année, à la volaille farcie, aux sapins enguirlandés, à l’échange démesuré de cadeaux et au tonton déguisé en gros bonhomme rouge. Parfois, pour satisfaire tout le monde, il faut même recommencer ailleurs, le lendemain ! Et ce n’est pas demain la veille qu’on va renoncer à ces petits rituels qui font de Noël la fête de famille par excellence. Mais comment en est-on arrivé là ?

« L’abondance promet l’abondance »

Sous l’Antiquité romaine, on fête, lors du solstice d’hiver, les Saturnales, synonymes d’excès dans la culture populaire mais qui se traduisent surtout – et déjà – par de grands banquets domestiques. On voue aussi un culte à un dieu nommé Mithra, venu de Perse et né un 25 décembre. Au IVe siècle, pour supplanter ces fêtes païennes, les chrétiens sont incités à célébrer la naissance du Christ le 25 décembre. À la même époque, alors que les arbres sont dépouillés de leurs feuilles, on fait – déjà – entrer de la verdure dans les maisons.

Peu à peu, la fête chrétienne est devenue le rituel familial, universel et, il faut bien le dire, commercial que l’on connaît aujourd’hui. « Après la Révolution, les libres penseurs ont commencé à critiquer la messe de minuit, c’était une première faille », explique Nadine Cretin, historienne spécialiste des fêtes. « La grosse fissure vient après les années 1950, avec l’avènement de la société de consommation. La publicité a parfaitement su s’emparer des étrennes ».

Car le cadeau, lui aussi, vient de loin. « Le désir de faire plaisir a toujours existé », raconte l’historienne. « Dans Les Fastes, Ovide évoquait déjà les étrennes. Et au Moyen Âge, les enfants des villages allaient de porte en porte pour chanter leurs voeux. » Et pas question de les laisser repartir les mains vides ! « Il était très important de bien les accueillir en leur offrant une poignée de noisettes, une pomme ou quelques piécettes. Les enfants sont dépositaires de l’avenir, alors il fallait s’assurer leurs bons voeux ». À la fin du XIXe siècle, avec l’apparition des grands magasins, les cadeaux finissent par se substituer aux étrennes. À voir les montagnes de paquets tombés du ciel et qui finissent sous le sapin, même dans les familles les plus modestes, la superstition perdure. « À Noël », analyse Nadine Cretin, « on ouvre son coeur et son porte-monnaie de façon presque démesurée. C’est en quelque sorte un gaspillage porte-bonheur ».

Même principe pour le repas. Si l’on sert, du temps des Romains, une telle quantité de nourriture, c’est parce que « l’abondance promet l’abondance ». En clair, une table maigre serait un mauvais présage pour l’année à venir. Rien n’a changé depuis.

Les croyances populaires ont encore de beaux siècles devant elles. ■

Histoire du Père Noël, par Nadine Cretin, éditions Le Pérégrinateur. Le Cadeau de Noël, histoire d’une invention, par Martyne Perrot, éditions Autrement.

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