D’où vient la tradition du déguisement ? (La Croix, 27/2/2019)

Entretien avec France Lebreton
« L’enfant se déguise pour devenir grand »
Nadine Cretin
Docteur en histoire (1)

D’où vient la tradition du déguisement ?
Nadine Cretin : C’est une tradition très ancienne. Dans l’ancienne Babylone, 3 000 ans avant Jésus-Christ, le condamné à mort pouvait prendre, de façon éphémère, la place du roi. Les Romains fêtaient le changement d’année lors du solstice d’hiver. Ils se déguisaient dans un esprit d’inversion des rôles. L’évêque Césaire d’Arles raconte
que les hommes se grimaient en vieilles femmes, portaient des masques d’animaux ou se déguisaient en enfants.
L’Église s’oppose à cette tradition répandue dans les milieux païens. Pour saint Augustin,
l’homme, créé par Dieu, ne doit pas retoucher sa propre image.
Le déguisement survit à cette condamnation, notamment lors des jours de carnaval. Il en existe différents types en Europe centrale, en Allemagne, en Suisse, en France… Certains, par le choix des costumes, sont signes de dérision et de folie, d’autres répondent à un souci métaphysique. Comme en témoignent, par exemple, les personnages du carnaval évoquant le monde inconnu de la forêt, symbole de l’au-delà, au carnaval d’Appenzell, en Suisse.

Les enfants participent-ils à ces manifestations ?
N. C. : Au Moyen Âge, les enfants se groupaient en société dans les villages, lors de la fête du pape Grégoire Ier, le 12 mars. Ils organisaient des combats de coq dont l’issue aboutissait à la nomination d’un roi, le roi des enfants. Aux XIe et XIIe siècles, en France, en Espagne et en Angleterre, le jour des Saints-Innocents, pour 24 heures du 27 au 28 décembre, les enfants de choeur, âgés de 12 à 14 ans, avaient le droit de se déguiser en évêques. Le prélat d’un jour bénissait la foule. Il recevait de l’argent, des biens en nature.
Dans les familles, les enfants étaient autorisés à prendre la place de leurs parents. À Lyon, par exemple, ils décidaient du menu du repas, donnaient des ordres. Aux XVIIIe et XIXe siècles, dans leur tournée de carnaval, les enfants se déguisaient en animaux, portaient des masques et se grimaient au charbon.

Ces traditions se prolongent- elles aujourd’hui ?
N. C. : La tradition des groupes d’enfants déguisés qui passent de maison en maison, en chantant des comptines, se retrouve dans les fêtes de Halloween. Le carnaval
ou les mascarades d’avant le mercredi des Cendres, jour de
l’entrée en Carême, correspondent au Mardi gras ou bien, s’il
dure plusieurs jours, à la Semaine grasse. En certains lieux, on se déguise
aussi à la mi-Carême. Dans des villes comme Dunkerque, Nontron (Dordogne) ou Limoux
(Aude), le carnaval est une institution. La majorité de la population, enfants et adultes, se déguise pour y participer.

Quel est le sens du déguisement ?
N. C. : On se déguise dans un esprit d’inversion des rôles. L’adulte devient un autre, à lui-même et aux yeux des autres. L’enfant, lui, cherche à se grandir.
Généralement, les parents encouragent la démarche, que ce soit pour carnaval ou un anniversaire. Ils l’aident à fabriquer son costume, à se maquiller, trouver des accessoires, etc. Les adultes aussi ont plaisir à se travestir. Aujourd’hui, on voit des familles entières qui se costument pour aller à Disneyland !
Recueilli par France Lebreton
(1) Auteur de Fêtes de la table et traditions alimentaires, Le Pérégrinateur, 2015

La magie de Noël, L’Actualité chimique, décembre 2018

Exceptionnellement, nous avons cédé la plume à Nadine Cretin pour vous enchanter
avec la magie de Noël. La chimie n’est pas directement évoquée, et pourtant,
nous sommes certains que vous allez y penser en dégustant les mets, friandises et
gâteaux associés à ses traditions. Que cela ne gâche en rien votre plaisir car vous
allez sûrement apprendre quelque chose en lisant cet éditorial. Docteur en histoire,
spécialiste des relations entre le territoire et ses usages festifs, rituels et spirituels,
Nadine Cretin étudie le calendrier, les origines et les manifestations des fêtes
occidentales, qu’elles soient profanes ou sacrées.

Magie de Noël : l’abondance promet l’abondance !

Dès le début du mois de décembre, alors que l’obscurité et le froid s’imposent dans l’hémisphère nord, les maisons changent. Comme les jardins et les rues, elles s’illuminent, tandis que la verdure entre dans nos salons et habille nos portes. Décorés, les quartiers commerçants, s’animent et l’Armée du Salut chante avec entrain les noëls que nous connaissons depuis l’enfance. Les marchés de Noël, installés pour un mois sur les places des villes, exhalent une merveilleuse odeur d’épices et de vin chaud. Quant aux cuisines, leurs parfums sont engageants, et les petits gâteaux sont accrochés dans le sapin au grand plaisir des enfants. Indépendamment de la célébration de la naissance de l’Enfant-Jésus, toujours très respectée par les chrétiens, Noël et les jours qui suivent jusqu’à l’Epiphanie le 6 janvier, (les Douze Jours disait-on), marquent l’époque du solstice d’hiver et la reprise d’une nouvelle année que l’on veut prometteuse.

Des rites porte-bonheur

Comme de nombreuses pâtisseries de l’époque dont le nom est dérivé de cuneolus, petite pointe en latin, tels les quigneux (Franche-Comté) ou les cugnots (Picardie), les biscuits de Noël, petits gâteaux épicés sont porte-bonheur. Leur forme contient souvent un ou plusieurs bouts pointus (losanges, étoiles, croissants de lune, cœurs, sabots…), car la pointe était réputée annuler les sorcelleries. C’est d’ailleurs ce qui a fait la fortune du houx. Les pointes de ce végétal, si beau l’hiver avec ses baies rouges, étaient censées éloigner les mauvais esprits. Les gâteaux ont également la forme de bonshommes, comme les mannele ou mannala alsaciens de la Saint-Nicolas (6 décembre) et, selon certains, ce « cannibalisme » traduirait les angoisses profondes liées aux nuits interminables.

Les enfants des tournées passaient chanter leurs vœux de porte en porte à partir de la Saint-Thomas, le 21 décembre autrefois. « Au gui l’an neuf ! » promettaient les petits quêteurs encore au début du XXe siècle. On pratique toujours ces tournées dans certains pays, comme en Angleterre avec les Christmas Carols. Pour remercier, on donnait aux enfants des friandises – des biscuits, des pommes, des noix, des bonbons – ou de la monnaie. C’était en réalité plus qu’un merci. Il était important de leur donner quelque chose pour se mettre en échange leurs vœux de son côté. Si l’on ne donnait rien ou si l’on n’ouvrait pas la porte, les enfants proféraient des malédictions, ce qui prouve la valeur magique de ces tournées. Répandues en Europe depuis un temps immémorial, ces quêtes ont lieu en époque de passage, d’Halloween, veille de la Toussaint, jusqu’au 1er mai.

Ce geste de générosité aux portes des maisons explique l’un des sens du cadeau de Noël : on est inconsciemment heureux de donner aux autres, et pas seulement aux enfants. On ouvre son cœur, comme on ouvre son porte-monnaie, et Noël est vraiment une fête de la générosité comme l’avaient déjà souligné au milieu du XIXe siècle Charles Dickens, avec son Conte de Noël (1943) dans l’Angleterre industrialisée, ou le conteur danois Hans Christian Andersen avec La Petite Fille aux allumettes (1845). Ainsi, les opérations charitables à l’égard des pauvres ou des malades se multiplient à cette époque tels le Téléthon, les repas offerts aux SDF ou les Ventes de Charité, de la même façon que les cartes de vœux se vendent au profit d’organisations humanitaires comme l’UNICEF.

Des mets à profusion pour de grandes tablées

A Noël, on mange beaucoup, ce qui est une façon de se rassurer, car ces repas sont porte-bonheur : l’abondance promet l’abondance. Qu’ils aient lieu à Noël ou à une date voisine, ces festins, gros soupers ou réveillons de l’époque concernent les familles, alors que la Saint-Sylvestre se fête plutôt entre amis. Ils rassemblent souvent les éloignés et la chaleur de l’affection réchauffe au plus profond de l’hiver. Encore dans la première moitié du XXe siècle, l’évocation des chers disparus était la règle lorsqu’on mettait à brûler le soir du 24 décembre une énorme bûche en bois dans la cheminée – en Bretagne, on s’agenouillait un instant devant –, ou encore lorsqu’on plaçait cérémonieusement des chandelles sur la table à leur intention. Dans la nuit, on laissait quelques mets sur la table pour les ancêtres. L’Au-delà était très présent à Noël et cette fête peut être douloureuse encore aujourd’hui pour ceux qui ont perdu des proches dans l’année, pour les personnes isolées ou malades.

La coutume des grands repas de l’époque concerne toute l’Europe, plongée dans le dénuement de l’hiver, ce qui prouve qu’elle est ancienne. Déjà, les Romains au IVe siècle connaissaient à la veille des Calendes de janvier la tabula fortunata, c’est à dire « la table qui portait chance », où l’on servait à profusion mets et boissons à la veille de la nouvelle année. En Alsace, encore au courant du XXe siècle, il fallait à la table de Noël un élément de l’eau, un élément de l’air, un élément de la terre. Notre menu-type qui s’est imposé en France dans la seconde moitié du XXe siècle respecte ces données avec les huîtres, le saumon fumé, le foie gras et les volailles (qui ont des ailes). Auparavant, les menus variaient selon les régions, et le porc, tué pour l’occasion, était fréquent. Différents des biscuits cités, les desserts de Noël, fourrés de fruits secs, d’épices, de pâte d’amandes, comme le pudding anglais ou le Stollen allemand, traduisaient à eux seuls la profusion. Inspirée de la vraie qui brûlait dans la cheminée, la bûche-dessert ne date que de la fin du XIXe siècle, mais plus représentatifs sont les Treize Desserts provençaux. Ils comprennent des fruits secs (raisins, pruneaux, abricots, figues…) – les « mendiants », car leur couleur rappelle celle de la bure des moines des ordres mendiants (franciscains, dominicains), – des fruits frais, des nougats blancs et noirs, des fruits confits parfois, et une fougasse, pompe à l’huile ou gibassié. Le nombre précis de ces desserts n’est pas très ancien et ne date que des années 1920. Mais c’est devenu la tradition et elle est immuable !

Nadine Cretin

Références
– Armengaud C., Le diable sucré. Gâteaux, cannibalisme, mort et fécondité, Éditions de La Martinière, 2000.
– Bertrand R., Boyer J.-P., Dorival G., La Nativité et le temps de Noël. Antiquité et Moyen-Âge, vol. 1, et XVIIe-XXe siècle, vol. 2, Colloque international, 7-9 déc. 2000,
Maison Méditerranéenne des Sciences de l’Homme d’Aix-en-Provence, PUP, 2003.
– Bertrand R., Fournier L.-S. (dir.), Les Fêtes en Provence autrefois et aujourd’hui, Presses Universitaires de Provence, 2014.
– Brégeon-Poli B., Va pour treize ! : la « tradition » des desserts de Noël en Provence, Terrain, 1995, 24, p. 145.
– Cabantous A., Walter F., Noël, une si longue histoire…, Payot, 2016.
– Charabot A., La pâtisserie à travers les âges. Résumé historique de la communauté des pâtissiers, Auguste Réty, Meulan, 1904.
– Cretin N., Noëls des provinces de France, Le Pérégrinateur, Toulouse, 2013.
– Flandrin J.-L., Montanari M., Histoire de l’Alimentation, Fayard, 1996.
– Lalouette J., Jours de fête. Jours fériés et fêtes légales dans la France contemporaine, Éditions Tallandier, 2010.
– Leser G., Noël-Wihnachte en Alsace : rites, coutumes, croyances, Éditions du Rhin, Mulhouse, 1989.
– Perrot M., Ethnologie de Noël. Une Fête paradoxale, Grasset et Fasquelle, 2000.
– Provost G., La fête et le sacré. Pardons et pèlerinages en Bretagne aux XVIIe et XVIIIe siècles, Le Cerf, Paris, 1998.
– Van Gennep A., Le folklore français, tome I, vol. 7, Robert Laffont, coll. « Bouquins », (1958) 1998-1999.
– Van Gennep A., Guichard B., Le folklore français, tome I, vol. 8, Robert Laffont, coll. « Bouquins », (1988) 1998-1999.
https://nadine-cretin.com

Les idées reçues de Noël (France-Inter, 25 décembre 2018)

Les idées reçues autour de Noël, Ali Reibihi

https://www.franceinter.fr/emissions/grand-bien-vous-fasse

Quelques clichés sur Noël :

  • Le père Noël vêtu de rouge est l’invention américaine d’une marque de soda.
  • Le réveillon et son menu sont des traditions très anciennes.
  • Le 25 décembre, c’est la date exacte de la naissance de Jésus.
  • Noël est avant tout une fête commerciale.
  • Le réveillon et son menu, dinde, foie gras et bûche sont des traditions très anciennes de Noël, comme les fameux treize desserts provençaux..
  • Nos arrière-grands-parents recevaient une orange en guise de cadeau…
  • Le protestant Luther a inventé l’usage décoratif du sapin de Noël au XVIe siècle.
  • Noël est une fête dont le sens est partagé de la même manière partout en Occident…

Pour en parler, Ali Rebeihi reçoit :

Du gaspillage porte-bonheur (L’Echo Républicain, 24 décembre 2017)

Les traditions perdurent malgré le « gaspillage porte-bonheur » (La Montagne, même date)

Par Pauline Mareix

Le sens de la fête s’est tourné vers la consommation, mais les traditions perdurent : « À Noël, on ouvre son coeur et son porte-monnaie »

L’historienne Nadine Cretin revient sur les origines de Noël qui, contrairement à la croyance, puise ses racines dans des célébrations païennes bien antérieures à la naissance du Christ. La fête a fini par perdre son caractère religieux mais reste résolument familiale.

Difficile d’échapper, chaque fin d’année, à la volaille farcie, aux sapins enguirlandés, à l’échange démesuré de cadeaux et au tonton déguisé en gros bonhomme rouge. Parfois, pour satisfaire tout le monde, il faut même recommencer ailleurs, le lendemain ! Et ce n’est pas demain la veille qu’on va renoncer à ces petits rituels qui font de Noël la fête de famille par excellence. Mais comment en est-on arrivé là ?

« L’abondance promet l’abondance »

Sous l’Antiquité romaine, on fête, lors du solstice d’hiver, les Saturnales, synonymes d’excès dans la culture populaire mais qui se traduisent surtout – et déjà – par de grands banquets domestiques. On voue aussi un culte à un dieu nommé Mithra, venu de Perse et né un 25 décembre. Au IVe siècle, pour supplanter ces fêtes païennes, les chrétiens sont incités à célébrer la naissance du Christ le 25 décembre. À la même époque, alors que les arbres sont dépouillés de leurs feuilles, on fait – déjà – entrer de la verdure dans les maisons.

Peu à peu, la fête chrétienne est devenue le rituel familial, universel et, il faut bien le dire, commercial que l’on connaît aujourd’hui. « Après la Révolution, les libres penseurs ont commencé à critiquer la messe de minuit, c’était une première faille », explique Nadine Cretin, historienne spécialiste des fêtes. « La grosse fissure vient après les années 1950, avec l’avènement de la société de consommation. La publicité a parfaitement su s’emparer des étrennes ».

Car le cadeau, lui aussi, vient de loin. « Le désir de faire plaisir a toujours existé », raconte l’historienne. « Dans Les Fastes, Ovide évoquait déjà les étrennes. Et au Moyen Âge, les enfants des villages allaient de porte en porte pour chanter leurs voeux. » Et pas question de les laisser repartir les mains vides ! « Il était très important de bien les accueillir en leur offrant une poignée de noisettes, une pomme ou quelques piécettes. Les enfants sont dépositaires de l’avenir, alors il fallait s’assurer leurs bons voeux ». À la fin du XIXe siècle, avec l’apparition des grands magasins, les cadeaux finissent par se substituer aux étrennes. À voir les montagnes de paquets tombés du ciel et qui finissent sous le sapin, même dans les familles les plus modestes, la superstition perdure. « À Noël », analyse Nadine Cretin, « on ouvre son coeur et son porte-monnaie de façon presque démesurée. C’est en quelque sorte un gaspillage porte-bonheur ».

Même principe pour le repas. Si l’on sert, du temps des Romains, une telle quantité de nourriture, c’est parce que « l’abondance promet l’abondance ». En clair, une table maigre serait un mauvais présage pour l’année à venir. Rien n’a changé depuis.

Les croyances populaires ont encore de beaux siècles devant elles. ■

Histoire du Père Noël, par Nadine Cretin, éditions Le Pérégrinateur. Le Cadeau de Noël, histoire d’une invention, par Martyne Perrot, éditions Autrement.

« Bredele, Saint-Nicolas et gâteaux de Noël », L’Express.fr, 5 décembre 2017

https://www.lexpress.fr/styles/saveurs/bredele-saint-nicolas-et-gateaux-de-noel-une-fete-de-symboles_1856532.html

Parmi les bredele, ceux en forme d'étoiles sont les stars de la Saint-Nicolas.

Parmi les bredele, ceux en forme d’étoiles sont les stars de la Saint-Nicolas.

Getty Images/iStockphoto/eli_asenova

Le 6 décembre, c’est la Saint-Nicolas, jour où l’on s’offre des bredele dans le nord et l’est de la France. Ces petits gâteaux, tout comme ceux de Noël, n’ont pas ces formes distinctes pour rien et ne sont pas distribués à cette époque par hasard. Retour sur l’histoire derrière ces douceurs.

Nous avons cherché les secrets d’histoire dans le livre Fêtes de la table et traditions alimentaires (Le Pérégrinateur éditeur, 19,90 euros), de Nadine Cretin, historienne des fêtes spécialisée en anthropologie religieuse. La Saint-Nicolas révèle bien des symboles, tant gastronomiques –les bredele!- que sociétaux. L’apparence des biscuits n’est pas anodine. Ils sont « plus souvent importants par leurs formes que par leur consistance, même si les recettes sont immuables dans toutes les religions », note Nadine Cretin.

Des biscuits pour chasser les angoisses

Les traditionnels Männele ou Mannele, distribués à la Saint-Nicolas.

Les traditionnels Männele ou Mannele, distribués à la Saint-Nicolas.

Getty Images/iStockphoto/larik_malasha

« La nuit nous a toujours fait peur et elle appartient aux revenants et aux créatures surnaturelles, selon les civilisations. » Au solstice d’hiver, les biscuits sont fréquemment anthropomorphes, comme les Mannele/Männele. « Ce ‘cannibalisme’ traduit les angoisses profondes de l’homme, décrypte l’historienne. Il rappelle le père Fouettard, créature propre au monde non-civilisé, symbolisant l’au-delà. » À forme humaine ou arborant un visage, ces gâteaux sont une « forme christianisée de sujets anciens connus d’une grande partie de l’Europe ».

Des biscuits pointus pour lutter contre les mauvais esprits

Bien des biscuits de Noël, notamment les bredele, ont des formes d’étoiles, de coeurs, de triangles ou de croissants. « Ils portent bonheur », signale l’historienne. Les pointes ou coins sont « utilisés contre les sorcelleries ». « Ces biscuits sont souvent suspendus dans l’arbre ou s’accumulent dans des boîtes en fer en attendant d’être dégustés au moment de Noël. » Il s’agit donc d’offrir des porte-bonheurs, éloignant les mauvais esprits tapis dans la nuit, notamment au solstice d’hiver (la nuit la plus longue).

Le sapin lui-même est non seulement pointu, donc éloignant le mal, mais ses cônes sont symbole de fertilité.

Des mets pour la prospérité

Pommes, pommes de pin et châtaignes sont des symboles de fécondité.

Pommes, pommes de pin et châtaignes sont des symboles de fécondité.

Getty Images/Lynne Brotchie

Les populations paysannes, si nombreuses autrefois, appréciaient les procédés qui permettaient de s’assurer la prospérité: fertilité des récoltes futures, fécondité du cheptel… » C’est pour cela que « les premiers sapins alsaciens étaient décorés de pommes et de noix, symboles de fécondité ». Ou que la bûche devait faire des étincelles et ses tisons conservés toute l’année.

À LIRE >> La bûche de Noël: son histoire et ses symboles

Souvent, les biscuits, brioches et gâteaux « symbolisent la fécondité -ainsi que les formes sexuelles de certaines pâtisseries l’attestent- et sont porte-bonheur ».

La Saint-Nicolas

Le 6 décembre (et parfois le 5) est célébrée la Saint-Nicolas dans le nord et l’est de la France, mais aussi en Belgique, au Luxembourg, aux Pays-Bas, ainsi que dans des régions en Allemagne, en Suisse et en Autriche. La tradition veut que saint Nicolas, souvent sur son âne, distribue des gâteaux (bredele avec des Männele, des santiklaüsmannla, des spéculoos, des couques, des pâtes d’amande, des oranges, etc.) aux bambins. Le père Fouettard le suit, pour distribuer des coups de bâton ou du charbon aux enfants méchants.