Noël : quand faut-il ouvrir les cadeaux ? (Madame Figaro, 15 décembre 2016)

Publié le 4 janvier 2017 par ncre

Par Anne-Laure Mignon |

Le 24 au soir avant de passer à table, à la toute fin du repas, aux douze coups de minuit, ou encore au petit matin du 25 décembre ? Réponse avec une historienne des fêtes.

Un petit mot d’histoire «La tradition d’échanger des cadeaux à Noël puise ses racines dans l’Antiquité, nous explique Nadine Cretin (1), historienne des fêtes, spécialisée en anthropologie. Les Romains fêtaient à l’époque la nouvelle année à venir, au moment du solstice d’hiver. Ils célébraient les plus longues nuits de l’année, avant que les journées rallongent vers un nouveau printemps», continue-t-elle. Leurs «étrennes» romaines, cadeaux de bon augure, sous-entendaient alors bonheur et prospérité. C’est seulement vers 330 que les chrétiens, qui émettent le désir «d’historiciser» la naissance de Jésus, vont placer la Nativité à ce moment. Noël étymologiquement «jour de naissance», est ainsi ajouté au calendrier chrétien aux côtés des fêtes de Pâques et de la Pentecôte déjà célébrées. Et avec cette fête, perdure la tradition de s’offrir toutes sortes de cadeaux. Longtemps de simples oranges ou pipes en sucre, surtout dans les campagnes, les cadeaux ne firent qu’évoluer avec la société de consommation pour devenir les tablettes et autres poupées connectées d’aujourd’hui.

Le soir du 24 décembre ou le 25 au matin ?

Les cadeaux de Noël ne s’offrent pas directement « de la main à la main » «Noël est une fête traditionnellement tournée vers l’enfance», poursuit Nadine Cretin. «Bien avant la naissance de Jésus-Christ, des « journées porte-bonheur » marquaient les jours les plus sombres de l’hiver. Dans les villages de toute l’Europe, les enfants allaient de porte en porte chanter leurs vœux. Offrir un présent à un enfant pour le remercier annonçait une douce année», ajoute la spécialiste. Si la légende et la tradition veulent que dans la nuit du 24 décembre, pendant que les enfants dorment, le Père Noël descend par la cheminée et leur dépose au pied du sapin «des cadeaux par milliers», à ouvrir au petit matin, les plus impatients craquent le 24 au soir (parfois avant même d’avoir entamé le repas). «Historiquement, les cadeaux se découvrent le 25 décembre au matin», confirme l’anthropologue. «Mais il n’y a aucun mal à ce qu’ils soient déballés la veille au soir.» «À noter simplement que les cadeaux de Noël ne s’offrent pas directement « de la main à la main » et il n’y a normalement pas de remerciements à faire puisque le rite veut qu’ils aient été offerts par le Père Noël. » Logique. Même si on imagine mal la réaction de Belle-Maman si on ne lui dit pas merci.

(1) Nadine Cretin, auteure de Lettres de Noël, Éd. Le Robert (Coll. « Mots intimes »), 2015.

Quand les sapins de Noël deviennent des arbres festifs (Le Figaro, 24 décembre 2016)

Article de Stéphane Kovacs

Au nom de la laïcité, la naissance de Jésus est parfois escamotée dans l’espace public.

(Profane et sacré sont intimement mêlés lors de la fête de Noël.) « Il y a en France un laïcisme ambiant qui consiste à dire que Noël est une fête confessionnelle – or ce n’est pas que cela – et qu’il faut en gommer certains aspects pour ne choquer personne. C’est un phénomène essentiellement urbain, une évolution dans laquelle l’immigration joue un rôle important. »

« Accepter que les uns et les autres puissent fêter leurs fêtes, c’est cela aussi la laïcité ! », précise dans ce même article Francis Kalifat, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF). Laurence Marchand-Taillade, présidente des Forces laïques, ajoute : « on est dans la psychose : il ne faut pas faire plus laïc que les laïcs ! Que l’on soit croyant ou pas, l’important, c’est l’esprit de Noël, où la fraternité, la solidarité et l’espoir reprennent toute leur place ».

Dénonçant une déchristianisation de cette période, le directeur de la Commission anglaise pour l’égalité et les droits de l’homme, David Isaac, note que « la liberté religieuse est un droit humain fondamental… Il ne faudrait pas le supprimer par peur d’offenser ».

Bredele, Saint-Nicolas : une fête de symboles (L’Express-Styles, saveurs, 6 décembre 2016)

Bredele, Saint-Nicolas et gâteaux de Noël: une fête de symboles

Bredele, Saint-Nicolas et gâteaux de Noël: une fête de symboles

Par , publié le 02/12/2016 à 19:24 , mis à jour le 08/12/2016 à 11:33

Les bredele et gâteaux de Noël aux formes pointues sont en fait des porte-bonheurs contre les esprits de l’au-delà.

Le 6 décembre, c’est la Saint-Nicolas, jour où l’on s’offre des bredele dans le nord et l’est de la France. Ces petits gâteaux, tout comme ceux de Noël, n’ont pas ces formes distinctes pour rien et ne sont pas distribués à cette époque par hasard. Retour sur l’histoire derrière ces douceurs.

Nous avons cherché les secrets d’histoire dans le livre Fêtes de la table et traditions alimentaires (Le Pérégrinateur éditeur, 19,90 euros), de Nadine Cretin, historienne des fêtes spécialisée en anthropologie religieuse. La Saint-Nicolas révèle bien des symboles, tant gastronomiques –les bredele!- que sociétaux. L’apparence des biscuits n’est pas anodine. Ils sont « plus souvent importants par leurs formes que par leur consistance, même si les recettes sont immuables dans toutes les religions », note Nadine Cretin.

Des biscuits pour chasser les angoisse

Les traditionnels Männele ou Mannele, distribués à la Saint-Nicolas.

« La nuit nous a toujours fait peur et elle appartient aux revenants et aux créatures surnaturelles, selon les civilisations. » Au solstice d’hiver, les biscuits sont fréquemment anthropomorphes, comme les Mannele/Männele. « Ce ‘cannibalisme’ traduit les angoisses profondes de l’homme, décrypte l’historienne. Il rappelle le père Fouettard, créature propre au monde non-civilisé, symbolisant l’au-delà. » A forme humaine ou arborant un visage, ces gâteaux sont une « forme christianisée de sujets anciens connus d’une grande partie de l’Europe ».

Des biscuits pointus pour lutter contre les mauvais esprits

Bien des biscuits de Noël, notamment les bredele, ont des formes d’étoiles, de coeurs, de triangles ou de croissants. « Ils portent bonheur », signale l’historienne. Les pointes ou coins sont « utilisés contre les sorcelleries« . « Ces biscuits sont souvent suspendus dans l’arbre ou s’accumulent dans des boîtes en fer en attendant d’être dégustés au moment de Noël. » Il s’agit donc d’offrir des porte-bonheurs, éloignant les mauvais esprits tapis dans la nuit, notamment au solstice d’hiver (la nuit la plus longue).

Le sapin lui-même est non seulement pointu, donc éloignant le mal, mais ses cônes sont symbole de fertilité.

Des mets pour la prospérité

Pommes, pommes de pin et châtaignes sont des symboles de fécondité.

Les populations paysannes, si nombreuses autrefois, appréciaient les procédés qui permettaient de s’assurer la prospérité: fertilité des récoltes futures, fécondité du cheptel… » C’est pour cela que « les premiers sapins alsaciens étaient décorés de pommes et de noix, symboles de fécondité ». Ou que la bûche devait faire des étincelles et ses tisons conservés toute l’année.

 L’histoire de la bûche de Noël

Souvent, les biscuits, brioches et gâteaux « symbolisent la fécondité -ainsi que les formes sexuelles de certaines pâtisseries l’attestent- et sont porte-bonheur ».

La Saint-Nicolas

Le 6 décembre (et parfois le 5) est célébrée la Saint-Nicolas dans le nord et l’est de la France, mais aussi en Belgique, au Luxembourg, aux Pays-Bas, ainsi que dans des régions en Allemagne, en Suisse et en Autriche. La tradition veut que saint Nicolas, souvent sur son âne, distribue des gâteaux (bredele avec des Männele, des santiklaüsmannla, des spéculoos, des couques, des pâtes d’amande, des oranges, etc.) aux bambins. Le père Fouettard le suit, pour distribuer des coups de bâton ou du charbon aux enfants méchants.

L’Avent: lumière et fertilité

Il faut se souvenir que la Saint-Nicolas se déroule en plein Avent, qui commence le 30 novembre et comprend quatre dimanches. « Dans l’hémisphère nord, cette période s’est toujours caractérisée par de nombreux rites de protection ou de conjuration de la noirceur, du froid, de la mort et de la stérilité, avant la renaissance d’une nouvelle année au moment du solstice d’hiver », souligne Nadine Cretin. Dès lors, « on multiplie dans la maison les lumières et la verdure, décorations déjà connues pas les Romains au moment des Saturnales. »

Les symboles derrière saint Nicolas

Saint Nicolas (270-343) était évêque à Myre, dans la Turquie actuelle. « La légende a amplifié sa vie », note Nadine Cretin. Parmi ses « miracles », ce sont surtout ces deux actes qui ont fait de lui un « pourvoyeur de cadeaux » et le patron des enfants: il donne un sac d’or anonymement à un homme, qui, ruiné, allait forcer ses filles à se prostituer; il évite à trois hommes la mort en stoppant l’épée du bourreau, puis exige la reprise du procès, qui les innocente. Cette dernière a été mal interprétée et s’est transformée: les trois hommes accusés à tort par un juge corrompu et évitant la mort (en sortant de la tour-prison) se sont transformés en trois enfants fuyant un boucher en s’échappant du saloir où ils étaient enfermés depuis sept ans.En fait, comme pour beaucoup de fêtes, une croyance chasse l’autre. Si Noël s’est superposée à une coutume vieille de millénaires, saint Nicolas sur son âne a remplacé Odin, dieu de la mythologie germanique et scandinave qui « se déplaçait dans les airs sur son cheval à huit jambes ». « Comme les distributeurs de cadeaux de l’hiver, saint Nicolas a emprunté également certains traits aux personnages beaux et laids des mascarades de début d’année, qui apparaissent entre la fin de l’hiver et le retour du printemps, écrit Nadine Cretin. Le père Noël lui doit beaucoup. »

Les symboles derrière le père Fouettard

Il est celui qui fait frémir les enfants. Aux Pays-Bas, ce sont des personnages au visage noirci. « La croyance répandue que ses valets seraient des esclaves venus d’Afrique est erronée, prévient Nadine Cretin. Car le père Fouettard, sous ses aspects divers, est une créature sombre très ancienne qui, à l’inverse du saint évêque représentant la vie et l’abondance au creux de l’hiver, évoque la stérilité et le monde non-civilisé, le monde inquiétant de l’au-delà. Encore dans les carnavals européens, de beaux et généreux personnages, richement vêtus, prometteurs de prospérité et de jours meilleurs, sont accompagnés de laids, couverts de paille, de fourrures ou de haillons, qui symbolisent l’hiver, la stérilité et la mort. »

Quiz de Noël : crèche, sapin, cadeaux sont-ils des symboles païens ou chrétiens ? (Le Monde, Les décodeurs, 22 décembre 2016)

Par Anne-Aël Durand

Des sapins, des rues illuminées, des cadeaux par milliers : le mois de décembre est tout entier tourné vers la célébration de Noël. Pourtant, les symboles de cette fête chrétienne, comme les crèches dans les lieux publics, sont parfois perçus comme des atteintes à la laïcité.

Qu’est-ce qui relève de la religion et de la tradition, du sacré ou du profane ? Nous avons tenté de démêler l’origine des rites et des objets qui entourent Noël, avec l’aide de Nadine Cretin, docteur en histoire et membre de la Société d’histoire religieuse de la France.
En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/12/22/quiz-de-noel-creche-sapin-cadeaux-sont-ils-des-symboles-chretiens-ou-paiens_5052964_4355770.html#o1cxooaD1xxcsy9E.99

Noël : quand faut-il ouvrir les cadeaux ? (Madame Figaro, 15 décembre 2016)

Par Anne-Laure Mignon | Le 15 décembre 2016
Le 24 au soir avant de passer à table, à la toute fin du repas, aux douze coups de minuit, ou encore au petit matin du 25 décembre ? Réponse avec une historienne des fêtes.

Un petit mot d’histoire

«La tradition d’échanger des cadeaux à Noël puise ses racines dans l’Antiquité, nous explique Nadine Cretin (1), historienne des fêtes, spécialisée en anthropologie. Les Romains fêtaient à l’époque la nouvelle année à venir, au moment du solstice d’hiver. Ils célébraient les plus longues nuits de l’année, avant que les journées rallongent vers un nouveau printemps», continue-t-elle. Leurs «étrennes» romaines, cadeaux de bon augure, sous-entendaient alors bonheur et prospérité.

C’est seulement vers 330 que les chrétiens, qui émettent le désir «d’historiciser» la naissance de Jésus, vont placer la Nativité à ce moment. Noël étymologiquement «jour de naissance», est ainsi ajouté au calendrier chrétien aux côtés des fêtes de Pâques et de la Pentecôte déjà célébrées. Et avec cette fête, perdure la tradition de s’offrir toutes sortes de cadeaux. Longtemps de simples oranges ou pipes en sucre, surtout dans les campagnes, les cadeaux ne firent qu’évoluer avec la société de consommation pour devenir les tablettes et autres poupées connectées d’aujourd’hui.

Le soir du 24 décembre ou le 25 au matin ?

«Noël est une fête traditionnellement tournée vers l’enfance», poursuit Nadine Cretin. «Bien avant la naissance de Jésus-Christ, des « journées porte-bonheur » marquaient les jours les plus sombres de l’hiver. Dans les villages de toute l’Europe, les enfants allaient de porte en porte chanter leurs vœux. Offrir un présent à un enfant pour le remercier annonçait une douce année», ajoute la spécialiste.

Si la légende et la tradition veulent que dans la nuit du 24 décembre, pendant que les enfants dorment, le Père Noël descend par la cheminée et leur dépose au pied du sapin «des cadeaux par milliers», à ouvrir au petit matin, les plus impatients craquent le 24 au soir (parfois avant même d’avoir entamé le repas). «Historiquement, les cadeaux se découvrent le 25 décembre au matin», confirme l’anthropologue. «Mais il n’y a aucun mal à ce qu’ils soient déballés la veille au soir.» «À noter simplement que les cadeaux de Noël ne s’offrent pas directement « de la main à la main » et il n’y a normalement pas de remerciements à faire puisque le rite veut qu’ils aient été offerts par le Père Noël. » Logique. Même si on imagine mal la réaction de Belle-Maman si on ne lui dit pas merci.

(1) Nadine Cretin, auteure de Lettres de Noël, Éd. Le Robert (Coll. « Mots intimes »), 2015.